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LES STYLES DE KARATÉ

À la fin du 19ème siècle, à Okinawa, le temps de l’entraînement secret était révolu, mais les maîtres veillaient encore jalousement sur leur art martial, immense trésor propre à aiguiser la convoitise, qu’ils enseignaient à des disciples rigoureusement sélectionnés. Le Tode ou Okinawa-te comportait alors deux styles ou tendances : Shorin et Shorei.
Avec le 20ème siècle l’Okinawa-te devint le karate qui fut pris d’une frénésie expansive, d’abord au Japon, puis dans le reste du monde. Et subitement, le nombre de styles se multiplia.
Aujourd’hui, la Fédération Française de Karaté répertorie un vaste panel de styles ― treize dans la rubrique « karate-do » et vingt-deux dans « karate-jutsu » ; classification d’ailleurs contestable. Mais ce n’est rien en regard de ce qu’il est possible de découvrir lors d’une recherche exhaustive : au moins une centaine d’organisations revendiquent des spécificités telles qu’elles justifient d’être incluses dans la liste des styles.
Qu’est-ce qu’un style de karaté ? Cette prolifération est-elle justifiée ? Certains styles sont-ils plus intéressants ou plus efficaces que d’autres ?
Après avoir examiné la genèse des principaux styles de karaté, nous tenterons de répondre à ces questions, mais au préalable, il convient de bien circonscrire notre discours. Nous limiterons notre étude aux styles dont la filiation avec l’art martial pratiqué dans l’île d’Okinawa est indiscutable, même s’ils ont subi d’importantes influences extérieures, et exclurons les synthèses de différents arts martiaux où le karaté n’est pas majoritaire. De plus, en dépit des qualités indéniables de certains experts contemporains, nous ne présenterons pas la biographie de ceux qui sont nés après le début de la seconde guerre mondiale car leur influence n’est pas encore assurée.

À l'origine

 

Carrefour des influences japonaise et chinoise, inimitable creuset d’une culture exceptionnelle liée à une histoire qui ne l’est pas moins, Okinawa, minuscule île (2275 km2) de l’archipel des Ryukyu, a enfanté le plus abouti des arts martiaux que l’espèce humaine ait développés. Au 19ème siècle, tous ceux dont le nom a compté dans l’histoire du karaté ont suivi l’enseignement de Sokon Matsumura, suggérant ainsi qu’il concentrait tous les acquis techniques élaborés par de nombreuses générations d’experts du plus haut niveau. Le karaté était-il parvenu à son ultime perfectionnement ? Aucun document indiscutable ne nous permet, malheureusement, de l’affirmer mais un faisceau d’arguments, si ce n’est de preuves, nous guide vers cette conclusion. Cependant, la multiplication ultérieure des styles, écoles ou méthodes semble attester de la nécessité pour de nombreux experts du 20ème siècle de poursuivre l’amélioration du karaté en dépit du large consensus qui s’était opéré autour de l’enseignement de Matsumura. Mais, devant cette étonnante prolifération de styles, on peut légitimement se demander si la vanité de l’ego de certains experts ― au demeurant excellents ― qui lui ont succédé ou l’aveugle empressement des disciples à hisser un maître un peu trop humble sur un piédestal, voire quelque préoccupation mercantile, n’ont pas contribué à cette anarchique accumulation. 
Espérons néanmoins constater un certain nombre d’apports techniques, psychiques ou philosophiques déterminants. Mais dans ce cas, cela fait surgir une question embarrassante : s’il y a eu de réelles avancées, pourquoi les autres styles ne les ont-ils pas récupérées, annihilant ainsi les différences ? Une petite rétrospective historique pourra peut-être nous conférer quelque lumière. 

 

L’Histoire a créé à Okinawa les conditions « idéales » pour l’émergence d’un art martial à main nue sophistiqué :

  • Située au confluent des ambitions chinoises et japonaises, cette île a toujours constitué un « merveilleux » champ de bataille.

  • Le pays était agité de violentes et incessantes tensions internes (au moins depuis le milieu du 15ème siècle) ;

  • C’est sans doute le seul lieu au monde où les armes ont été prohibées durant presque quatre siècles.

  • Les armes à feu, compte tenu des deux siècles d’isolationnisme du Japon ― et en conséquence d’Okinawa qui était sous domination japonaise depuis 1609 ― ne sont apparues qu’à la fin du 19ème siècle.

Trois villes d’Okinawa, aujourd’hui regroupées dans la capitale Naha, ont constitué les épicentres de l’art martial local :

  • Shuri, s'est développée autour du palais royal. Outre le roi et sa cour, la population de cette ville était surtout constituée d'aristocrates, de nobles, et de membres de la haute bourgeoisie. Population renforcée par l’assignation à résidence imposée par le roi à tous les nobles du royaume, conjointement au désarmement de l’ensemble de la population, pour juguler toute tentative d’insurrection. On y pratiquait le Shuri-te.

  • Naha, ville portuaire, était surtout peuplée de marins, de dockers, et de commerçants. L’art martial local se nommait Naha-te.

  • Tomari était un village de paysans qui consacraient leur temps libre au Tomari-te.

 

Trois villes d’Okinawa, aujourd’hui regroupées dans la capitale Naha, ont constitué les épicentres de l’art martial local :

  • Shuri, s'est développée autour du palais royal. Outre le roi et sa cour, la population de cette ville était surtout constituée d'aristocrates, de nobles, et de membres de la haute bourgeoisie. Population renforcée par l’assignation à résidence imposée par le roi à tous les nobles du royaume, conjointement au désarmement de l’ensemble de la population, pour juguler toute tentative d’insurrection. On y pratiquait le Shuri-te.

  • Naha, ville portuaire, était surtout peuplée de marins, de dockers, et de commerçants. L’art martial local se nommait Naha-te.

  • Tomari était un village de paysans qui consacraient leur temps libre au Tomari-te.

Outre leurs qualités martiales propres, les Okinawaïens ont puisé dans l’art des samouraïs japonais, qui pratiquaient le ju-jutsu, et dans le wu-shu chinois. Concernant les apports chinois, qui ont été considérables, la spécificité des villes de Shuri et Naha a influencé l’installation des Chinois en fonction de leur statut social : les nobles à Shuri, les commerçants et marins à Naha. Tomari a subi des influences plus mitigées. La religion ― le peuple et les nobles ne suivaient pas les mêmes rites ― a certainement contribué à orienter les visiteurs chinois vers telle ou telle destination. Les bouddhistes chinois ont généralement préféré Shuri car le bouddhisme zen y était bien implanté, notamment grâce aux samouraïs. Les voyages dans l’autre sens ont suivi les mêmes itinéraires : les habitants de Shuri vers le nord de la Chine, ceux de Naha vers le sud. Cela explique l’énorme influence du temple bouddhiste de Shaolin, situé en Chine du Nord, ― célèbre grâce à ses moines guerriers ― sur le Shuri-te et la différenciation progressive des deux styles, puisque le wu-shu de la Chine du Nord et celui de la Chine du Sud utilisent des concepts de combat différents, voire antinomiques.
On ne s’étonnera donc pas de l’adoption du nom « Shorin-ryu » par le Shuri-te au 19ème siècle, période où la Chine constituait « la » référence culturelle à Okinawa, puisque « Shorin » est la transcription okinawaïenne de « Shaolin ». Peu de temps après, le Naha-te prendra le nom « Shorei-ryu », du nom d’un temple du sud de la Chine. Sans doute les prémices des batailles rhétoriques qui allaient animer le monde des arts martiaux au 20ème siècle !
Mais revenons un peu en arrière avec quelques biographies.

Nota bene : l’ordre de présentation du nom et du prénom obéit à des règles variables. Au Japon les identités calligraphiées avec des kanji sont présentées dans l’ordre « nom, prénom ». Transcrites en alphabet occidental, les japonais eux-mêmes utilisent plutôt la formule « prénom, nom ». C’est celle que nous adoptons dans le présent document. Les titres, Peichin ou Sensei, suivent le nom.

 

Shuri-te

Shinjo Choken, membre de la cour du roi vers la fin du 16ème siècle et le début du 17ème, est le premier nom que les annales du Shuri-te nous ont légué. Surviennent ensuite, vers le milieu du 17ème siècle et au 18ème, Chatan Yara (1668-1756), Takahara Peichin (1683-1760), Kushanku (?-1790), ambassadeur militaire chinois et maître de kempo Shaolin, sur lequel nous possédons peu de renseignements mais que nous retrouvons dans le nom d’un kata ― Kushanku ou Kosokun ou Kanku ― et Tode Sakugawa (1733-1815). Sokon Matsumura (1797-1889) marquera la fin de l’histoire du Shuri-te et l’avènement du Shorin-ryu.

  • Chatan Yara (1668-1756)

Yara est né dans le petit village de Chatan à Okinawa.
Il séjourna une vingtaine d’années en Chine où il apprit plusieurs styles de boxe chinoise. À son retour à Okinawa il acquit très rapidement une enviable réputation d’efficacité.
Il fut l'un des maîtres de Takahara Peichin.
Vers la fin de sa vie, il a enseigné à Sakugawa, en particulier le kata Hakusturu (kata de la Grue Blanche). C’est alors que le vieux Yara et le jeune Sakugawa rencontrèrent Kushanku qui leur apprit son légendaire kata. Chacun l’enseigna à son tour à ses propres élèves. La version de Sakugawa, qui, selon diverses sources, n’en aurait pas très bien compris les subtilités, nous est parvenue par l’intermédiaire de Sokon Matsumura (1797-1889) ; celle de Yara, certainement plus fidèle au modèle d’origine, a cheminé sur une voie pavée de noms moins célèbres pour aboutir à Chotoku Kyan (1870-1945). Évidemment ces divergences d’interprétation nous interpellent, mais que dire des sept versions nettement différenciées qui existent aujourd’hui ?

  • Takahara Peichin (1683-1760)

 

Shinun Ho Takahara est né dans le village d'Akata, province de Shuri. Il fut conjointement moine bouddhiste Shaolin, astronome, cartographe et maître tant de Shuri-te primitif que de Shaolin kempo.
Voyant les arts martiaux comme un mode de vie et bien que le « do » n’ait pas encore fait son apparition dans ce domaine, il établit une « éthique » du parfait combattant : compassion, humilité, modestie, fidélité et compréhension profonde de l'essence des techniques.
Il accordait une importance primordiale aux kata qui étaient, selon lui, des outils efficaces pour comprendre et tester les techniques de combat.
Sakugawa, personnage légendaire du Shuri-te, fut son principal disciple.
Le titre honorifique de « Peichin » lui fut accordé par le roi, pour services rendus au pays.

  • Tode Sakugawa (1733-1815)

 

On trouve parfois les dates 1762-1843 correspondant vraisemblablement au fils Sakugawa qui, bien que maître d’art martial lui aussi, n’est pas celui qui est entré dans la légende.
De son vrai nom Kanga Sakugawa, il fut disciple, pendant six ans de Takahara Peichin, puis, à partir de 1756, pendant six ans de Kushanku. C'est de Kushanku qu'il a appris la technique appelée « hikite ».
Il fit plusieurs voyages en Chine pour perfectionner son art, ce qui contribua dans une large mesure à l’évolution du Shuri-te, mélange de techniques locales et de kung-fu Shaolin. À son retour à Okinawa, il était considéré comme étant le plus grand expert local de boxe chinoise, d'où son surnom : Tode (main de Chine).
Il eut de nombreux disciples, mais le plus éminent fut Sokon Matsumura.

  • Sokon Matsumura (1797-1889)

 

À noter que des dates différentes et plus tardives sont très souvent citées pour encadrer la vie de Matsumura, mais seules les dates que nous avons mentionnées s’articulent correctement avec celles de ses contemporains.
Appelé aussi Bushi (guerrier) Matsumura, il est issu de la noblesse locale et commença l'apprentissage du Shuri-te à l'âge de dix ans, sous la férule de Tode Sakugawa dont il fut le dernier disciple et devint le successeur.
Ses qualités de combattant étaient si exceptionnelles qu'il devint très rapidement, en 1816, à l'âge de dix-neuf ans, le responsable et instructeur de la garde du palais de Shuri et garde du corps personnel du roi. Il est resté à ce poste sous les trois derniers règnes des rois d'Okinawa.
Il s'entraîna avec plusieurs maîtres chinois dont un dénommé Chinto. Il créa, en son honneur, un kata qui porte son nom (Gankaku en prononciation japonaise).
Il systématisa son art pour pouvoir l'enseigner et y introduisit les kata Kushanku et Hakutsuru, que Sakugawa lui avait enseignés, et créa, outre Chinto, les kata Passai (Bassai) et Gojushiho. Afin de renforcer le corps et permettre de développer la stabilité du combattant dans des déplacements rapides, il inventa le kata Naihanchi (Tekki).
Parmi ses disciples, il convient de distinguer Anko Itosu (1830-1915), son successeur officiel.
À la fin de sa vie, il intégra les kata du Tomari-te et ceux du Shuri-te dans un style unique qu’il nomma « Shorin-ryu ».
Tous les styles modernes de karaté, sans aucune exception, sont issus de son enseignement, y compris, en partie, le Goju-ryu et le Uechi-ryu.
 

Tomari-te

Ce style, qui ne s’est réellement affirmé qu’au 19ème siècle, comportait quelques kata originaux, mais sa forme générale était très proche du Shuri-te car les deux villes, sous l’impulsion de Sokon Matsumura et Kosaku Matsumora ― attention à la confusion entre ces deux noms ―, se sont progressivement engagées dans une fructueuse collaboration alors que la rivalité est restée vive avec Naha.

  • Kosaku Matsumora (1829-1898)

C’est la figure de proue du Tomari-te.
Il a d'abord étudié le Tomari-te avec Karyu Uku (1800-1850) puis avec Kishin Teruya (1804-1864) lequel lui a enseigné les kata Rohai, Wanshu (Empi) et Wankan.
Ensuite, il fut un certain temps disciple de Sokon Matsumura. Il s’entraîna également avec le Chinois Chinto qui lui aurait appris Chinte, Jiin et Jitte.
Il avait une soixantaine d’années quand Kentsu Yabu (1866-1937) et Choyu Motobu (1865-1927), deux disciples d'Anko Itosu, vinrent le défier comme cela se pratiquait couramment à Okinawa. Mais Matsumora utilisa une autre voie que le combat pour s’imposer : Yabu et Motobu ont bu le thé, écouté les préceptes de Matsumora sur les « règles de la politesse » et l’ont quitté en l’appelant « Maître ».
On pense généralement que les dimensions morale et philosophique sont l’apanage du karate-do ; ce deuxième exemple, le premier étant Takahara, montre que le karate-jutsu ― la transition s’est opérée dans la première moitié du 20ème siècle ― de Matsumora ne négligeait pas l’aspect spirituel de l’art martial.
Ses deux principaux disciples furent Chotoku Kyan (1870-1945), et Choki Motobu (1871-1944 ; frère de Choyu).
 

Naha-te

Alors que les apports chinois ont simplement enrichi le Shuri-te dont la genèse se perd dans la nuit des temps, le Naha-te est essentiellement constitué de techniques issues du wu-shu. L’histoire de ce style démarre beaucoup plus tardivement puisqu’on ne trouve pas de personnalité marquante avant le milieu du 19ème siècle.

  • Seisho Aragaki (1840-1918)

 

Naissance à Kumemura ou sur l'île voisine de Sesoku, Okinawa. Fonctionnaire et interprète à la cour royale d’Okinawa, il eut pour professeur le Chinois Wai Xinxian de Fuzhou, une ville de la province du Fujian.
Il était célèbre pour l'enseignement de Unshu (Unsu), Seisan (Hangetsu), Shihohai, Niseishi (Nijushiho), Sanchin et pour sa maîtrise des armes du kobujutsu.
Les techniques et kata d’Aragaki sont disséminées dans un certain nombre de styles modernes de karaté et de kobudo. Le Chito-ryu ― créé par Tsuyoshi Chitose ; à ne pas confondre avec le Shito-ryu ― est sans doute le style le plus proche de l’enseignement d’Aragaki. C’est sans doute la raison, alliée au fait qu’il n’est pas né à Naha, pour laquelle Aragaki est rarement cité comme précurseur du Naha-te. Cependant, sa formation martiale essentiellement chinoise ― du Sud ― et l’influence qu’il a eu sur le jeune Higaonna l’inscrivent sans ambiguïté dans cette lignée.

  • Kanryo Higaonna (1853–1915)

Parfois aussi appelé Higashionna, il est né à Naha, sur l'île d'Okinawa, de parents marchands de bois de chauffage.
Au début des années 1860, il débuta l'étude des arts martiaux sous la férule de Seisho Aragaki. Plusieurs autres maîtres, dont Matsumura, complétèrent sa formation.
En 1877, Higaonna s'embarqua pour Fuzhou. Il y passa plusieurs années pour étudier, presque à plein temps, les arts martiaux chinois avec plusieurs professeurs, notamment Liu Liu Ko que Higaonna citait comme quelqu'un d'extrêmement fort.
En 1885, Kanryo Higaonna retourna à Okinawa et reprit l'affaire familiale. Il commença aussi à enseigner les arts martiaux à Naha et dans les alentours. Il se distinguait dans son style par l'intégration de techniques à la fois dures (go) et souples (ju) dans un système unique. Il devint tellement incontournable que le nom Naha-te finit par être assimilé à son enseignement.
Higaonna était connu pour son puissant kata Sanchin.
À sa mort, en 1915, il laissa quelques rares disciples, mais on compte parmi ceux-ci quelques-uns des maîtres les plus influents du karaté : Chojun Miyagi (1888–1953), Shigehatsu Kyoda, Koki Shiroma et Seiko Higa (1898-1966).
Miyagi, qui fondera plus tard le Goju-ryu lui succéda à la tête de l’école.
 

Comment expliquer l’avance historique prise par le Shuri-te sur les deux styles concurrents, Tomari-te et Naha-te ?
Quand on souhaite une réelle efficacité, on se dote d’une arme ; le combat à mains nues n’est qu’un pis-aller. Cependant, les armes sont interdites dans le royaume d’Okinawa depuis le 15ème siècle. Or, à Shuri résident les nobles ; leur seule arme est le sabre. Si le roi leur en interdit le port, il ne leur reste que leurs mains. Naha et Tomari sont des villes de travailleurs qui utilisent de nombreux outils difficiles à interdire ; tout naturellement, ces outils deviennent les armes du kobudo et c’est seulement quand la surveillance des samouraïs s’accroît que le combat à mains nues se développe. De plus, les nobles de Shuri n’ont rien à faire et peuvent consacrer beaucoup de temps à l’entraînement alors que paysans ou pêcheurs ne connaissent guère le temps libre.
 

Shorin-ryu

Ainsi nommé par Sokon Matsumura, ce style est donc, pour l’essentiel, issu de concepts de combat tirés du Shuri-te, du Shaolin quan (poing de Shaolin) et, de façon plus marginale, du Tomari-te. Le Shorin-ryu est aujourd’hui encore très pratiqué, mais de grandes différences s’observent entre chaque maître.
Les principaux disciples de Matsumura, en dehors de son petit fils, Nabe ― qui n'eut qu'un seul et unique élève, Hohan Soken (1889-1982) ―, furent Yasutsune Azato (1827-1906), Anko Itosu (1830-1915), Kentsu Yabu (1866-1937), Chomo Hanashiro (1869-1945) et Chotoku Kyan (1870-1945).
Cette liste, non exhaustive de maîtres présente quelques figures, parmi les plus marquantes de l'histoire du Shorin-ryu.

  • Anko Itosu (1830-1915)

 

Yasutsune Itosu, plus connu sous le nom Anko Itosu, fut le disciple de Sokon Matsumura entre 1840 et 1848.
C'est lui qui introduisit dans les écoles d'Okinawa, au début du 20ème siècle, l'entraînement de l'Okinawa-te ― appelé ainsi, pour gommer les différences entre les différents courants du Tode et aussi pour supprimer les références à la Chine, les séquelles de la guerre sino-japonaise (1894-1895) étant encore trop fraîches. Afin de valoriser l’aspect éducatif du karaté, il le transforma en une forme d’éducation physique.
Anko Itosu jugeait les kata anciens trop complexes pour des collégiens ; aussi créa-t-il, en 1907, des kata simplifiés, les Pinan (Heian), à partir des kata Passai et Kushanku. Il scinda aussi le kata Naihanchi en trois afin de rendre son apprentissage plus facile. On lui attribue également la création de Kosokun-sho (Kanku-sho) et Shiho-Kosokun.
Porté par son élan, il modifia notablement la quasi totalité des kata que ses maîtres lui avaient transmis. Ce fait, conjointement à l’abandon de l’aspect martial du karaté, lui sera reproché par une partie des maîtres d’Okinawa qui préfèreront continuer à se référer à Sokon Matsumura.
Il eut néanmoins de très nombreux disciples, dont les quatre principaux furent Shoshin Chibana, Gichin Funakoshi, Shinpan Shiroma et Kenwa Mabuni.
Il a été surnommé « le père du karaté moderne ». Il peut également être considéré comme celui qui dénatura le plus profondément l’héritage du Shorin-ryu.

  • Yasutsune Azato (1827-1906)

 

Il fut, comme son ami Anko Itosu (mêmes prénoms, Yasutsune, et mêmes surnoms, Anko), un disciple éminent de Sokon Matsumura.
Il est aussi devenu excellent cavalier et expert de l'école de sabre Jigen-ryu. Contrairement à Itosu, il est resté fidèle au fondement martial du Tode.
Gichin Funakoshi (1868-1957) était dans la même classe que son fils, à l'école primaire, et c'est tout naturellement qu'il devint son disciple avant de poursuivre avec Itosu.
La plupart de nos maigres connaissances à son sujet nous viennent de Funakoshi.

  • Kentsu Yabu (1866-1937)

 

Né à Shuri, il a commencé l'entraînement chez Sokon Matsumura, puis chez Anko Itosu, disciple et successeur du précédent.
Il enseigna lui-même le Shorin-ryu de 1910 à 1930 à Okinawa.
Son fils est connu aux États-Unis comme expert Shorin-ryu sous le nom de Yabe.
Il est cité dans de multiples faits marquant l’histoire du karaté mais souvent en association ou dans l’ombre d’un autre maître.

  • Chomo Hanashiro (1869-1945)

 

À un âge précoce, il débuta avec Sokon Matsumura et poursuivit avec Anko Itosu dont il devint l’adjoint. Dès le début du 20ème siècle, Hanashiro a enseigné dans une école secondaire à Shuri.
Dans les années 1920, Hanashiro était l'un des maîtres les plus réputés à Okinawa. Il fut l’un des premiers, en 1905, à utiliser le terme « karate ».
Chomo Hanashiro eut quelques étudiants célèbres : Shigeru Nakamura (1894-1969), Tsuyoshi Chitose (1898-1984 ; fondateur du Chito-ryu), Chozo Nakama (1899-1982 ; fondateur du Shubokan) et Zenryo Shimabukuro (1904-1969 ; fondateur du Seibukan Shorin-ryu).

  • Chotoku Kyan (1870-1945)

 

Né à Shuri, c'est l'un des maîtres d'Okinawa les plus connus.
Il fut initié au karaté par son père, qui put l'introduire auprès de Sokon Matsumura.
Avec Matsumura il apprit les kata Seisan et Gojushiho.
Avec Matsumora, il apprit l'ancienne version de Passai et Chinto. Un disciple de Chatan Yara lui enseigna Chatan Yara no Kushanku.
Il est presque certain que le karaté de Chotoku Kyan est resté l'un des plus fidèles au karaté d'origine pratiqué au 19ème siècle, et même avant, à Okinawa.
Redoutable combattant, de petite taille, il développa un karaté basé sur les esquives. À une époque où les défis étaient courants, il n'a, parait-il, jamais été battu. Il donna le nom de Sukunai-Hayashi-ryu à son style de karaté.
Outre Shoshin Nagamine (1907-1997), qu'il désigna comme successeur, ses deux élèves les plus fidèles furent Zenryo Shimabukuro (1908-1969) et Joen Nakazato (né en 1922).
Nakazato a créé en 1954 le Shorinji-ryu pour le différencier du Shorin-ryu dont il est issu.

  • Shoshin Chibana (1885-1969)

 

Aussi nommé Chojin Kuba, il fut, dès l'âge de quinze ans, le disciple d’Anko Itosu jusqu'à la mort de celui-ci. À l'age de trente-cinq ans, il ouvrit un dojo à Shuri et nomma son école Kobayashi-ryu, qui est une des prononciations japonaises possibles des idéogrammes utilisés pour transcrire Shaolin-shu.
En 1956, il fut le premier président de l'Okinawa Karate-Do Renmei (fédération qui regroupe l'ensemble des styles de l'île).
Il créa, en 1961, l'Okinawa Shorin-ryu Karate Kyokai.
Enseignant de très grande réputation, il eut de très nombreux disciples. Les principaux furent Yuchoku Higa (1910-1994), Shuguro Nakazato (né en 1919), Katsuya Miyahira (né en 1916).

  • Shinpan Shiroma (1890-1954)

Connu aussi sous le nom de Gusukuma (prononciation chinoise de Shiroma).
Élève de Anko Itosu, il conserva l'enseignement de son maître et le transmit tel quel à de nombreux disciples, parmi lesquels Yoshio Nakamura (né en 1916), et Ankichi Arakaki (1899-1927).
Parallèlement, il étudia le Goju-ryu, avec Kanryo Higaonna.
Il participa à la création de l'école Shito-ryu, avec son ami Kenwa Mabuni.

  • Shoshin Nagamine (1907-1997)

 

Soldat, puis officier de police et, surtout, grand maître de karaté.
Naissance à Tomari. Il fut un enfant chétif et maladif. En 1926 atteint de graves troubles gastriques, il commença seul un régime sévère et se mit au karaté sous la surveillance bienveillante de son voisin, Shoshin Chibana. Il recouvra rapidement une bonne santé, grâce à un dur travail, tant à l'école qu'à l'entraînement de karaté. Il finit par avoir une telle condition physique, qu'il devint le leader du club de karaté de son lycée et fut surnommé Chaippai Matsu (le pin tenace).
Il continua l'étude du Karaté l’année suivante avec Ankichi Arakaki et poursuivit avec Taro Shimabuku (disciple de Chotoku Kyan).
Plus tard, après avoir été démobilisé de l'armée japonaise avec laquelle il a combattu en Chine, il entra dans la police et s'entraîna avec Chotoku Kyan et Choki Motobu (1871-1944).
En 1953, ayant pris sa retraite de la police, il rentra à Naha et y ouvrit son propre dojo qu'il nomma Centre Matsubayashi-Shorin-ryu (école Shorin de la forêt de pins).
Il créa, en collaboration avec Chojun Miyagi (1888-1953 ; créateur du Goju-ryu), deux nouveaux kata très simples, les Fukyugata qui sont des kata préparatoires pour les débutants.
Il enseigna jusqu'à sa mort en 1997. Son fils lui succéda à la tête de son dojo.

  • Katsuya Miyahira (né en 1916)

 

Disciple de Shoshin Chibana, de qui il apprit surtout les kata enseignés par Anko Itosu, c'est avec Choki Motobu qu'il s'est initié au kumite.
Miyahira affirme : « Sans makiwara, il n'y a pas de karaté ».
Un de ses élèves, Kenyu Chinen (né en 1944), enseigne à Paris le Shorin-ryu et le kobudo qu’il a appris de Shinpo Matayoshi (1922-1997), expert de Shorin-ryu et grand spécialiste de kobudo.

  • Yoshio Nakamura (né en 1916)

 

Il fut le disciple de Shinpan Shiroma, lui-même élève d’Anko Itosu.
Il connut la plupart des grands maîtres de karaté d'Okinawa. Il possède une vaste connaissance des arts martiaux et de leur histoire.
Bien qu’ayant débuté le karaté très jeune, ce n'est qu'à l'âge de cinquante ans qu'il pensa être capable d'enseigner le karaté dans son dojo de Naha, qu'il a appelé le En-Bu-Kan (Temple de la Culture Martiale).
Son enseignement très traditionnel perpétue l'apprentissage des kata originaux Shorin-ryu. Spécialiste des bunkai, Nakamura a mené une vie de recherche sur la complexité et l'utilisation des techniques utilisées en kata.
Il est président de la Zen Okinawa Karate-Do Renmei.
Yoshio Nakamura a mis par écrit son expérience et une partie de son savoir dans un ouvrage intitulé : « Shuri Shorin-ryu Karate-do ».

  • Shuguro Nakazato (né en 1919)

 

Né à Naha, il commença le karaté au Japon à l'âge de seize ans.
Après la guerre, il devint disciple de Shoshin Chibana.
Au décès de son maître en 1969, il sera officiellement le successeur de cette école malgré son statut de disciple externe (soto deshi).
Son courant se nomme le Shorinkan et est l'une des grandes branches actuelles du Shorin-ryu.

 
Tous les maîtres que nous venons de présenter se sont toujours référé au terme Shorin ou à un de ses dérivés mais chacun a cultivé sa différence dans la lignée du Shorin-ryu de Sokon Matsumura ou celle d’Anko Itosu, ce qui nous offre aujourd’hui un vaste éventail de styles se réclamant d’une origine commune.
Certaines constantes peuvent néanmoins caractériser le Shorin-ryu :

  • Des postures relativement hautes, quasi naturelles, et souples ;

  • Une grande rapidité des déplacements ;

  • Un travail approfondi des kata ;

  • Une respiration naturelle et non forcée ;

  • Des techniques de frappes plus directes que circulaires.

Bien d’autres maîtres ont reçu le Shorin-ryu en héritage, mais pour diverses raisons, ils ont abandonné cette dénomination et en ont plus ou moins modifié le contenu technique ou philosophique. Voici les principaux :

Shotokan

Ce style est aujourd’hui le plus pratiqué dans le Monde mais les variantes liées à chaque maître sont particulièrement marquées en particulier du fait d’une grande confusion entre la pratique du père Funakoshi et celle du fils qui étaient extrêmement dissemblables.

  • Gichin Funakoshi (1868-1957)

 

Né à Shuri, il est le descendant d'une lignée de samouraïs.
Vers sa dixième année, il commença sa formation martiale avec Anko Azato. Quelques années plus tard, il s’entraîna occasionnellement avec Anko Itosu qui devint son seul maître à la mort d’Azato en 1906. Bien qu’étant resté beaucoup plus longtemps avec Azato, c’est le karaté d’Itosu qu’il choisit de transmettre, pensant ainsi mieux répondre aux désirs de la jeunesse nipponne qui rejetait les valeurs ancestrales et s’émerveillait des nouveautés occidentales comme la boxe anglaise.
Il effectua en 1916, à Kyoto, une démonstration qui fut sans doute la première en dehors d’Okinawa.
En 1922, à l'âge de cinquante-quatre ans, il présenta le karaté d'Okinawa au ministère de l'éducation à Tokyo. Cette deuxième démonstration publique de karaté au Japon, eut quelque succès et le fondateur du judo, Jigoro Kano, invita Funakoshi au célèbre dojo du Kodokan, pour qu'il fasse une démonstration devant des spécialistes des arts martiaux. À la suite de sa prestation, il commença à donner des cours à Tokyo.
Afin de favoriser l’introduction du karaté dans l’ensemble du Japon, Funakoshi publia en 1922 un livre intitulé « Ryukyu Kempo Karate », le premier écrit formel sur l'art du karate-jutsu, qui fut favorablement accueilli. Ensuite en 1929, alors que la seconde guerre sino-japonaise était en gestation, il donna des noms japonais aux kata pour lesquels on utilisait à Okinawa la prononciation chinoise et, en concertation avec d’autres experts de karaté, il changea les idéogrammes du terme « karate ». Bien que la prononciation fût identique, la signification passait de « la main chinoise » à « la main vide ».
Durant cette époque, Funakoshi commença à pratiquer le bouddhisme zen, ce qui renforça l’aspect philosophique de son enseignement et le conforta dans sa conception éducative du karaté. Il refusait toute forme de confrontation car, prétendait-il, le karaté était trop dangereux pour envisager des jyu kumite. Cet aspect laisse supposer un côté très martial à son enseignement. Mais l’absence de mise en pratique, puisque ses entraînements se limitaient, pour l’essentiel, au travail des kata, et sa fidélité envers les principes développés par Itosu plaident plutôt pour une occultation du volet martial. Ambiguïté répercutée sur ses élèves chez lesquels on remarquera de nombreuses hésitations entre les aspects martiaux, sportifs et éducatifs du karaté.
À la fin des années 30, des clubs de karaté s'étaient mis en place dans les établissements d'enseignement supérieur un peu partout au Japon. Pour accueillir correctement un nombre croissant d’élèves, en 1939 Funakoshi fit construire le dojo « Shotokan ». « Shoto », qui signifie approximativement « vagues de pins », est le nom qu'il utilisait pour signer ses calligraphies et ses poésies.
Dans les raids aériens de la seconde guerre mondiale, le Shotokan fut détruit et la croissance du karaté s'arrêta temporairement. Après la guerre, des élèves de Funakoshi se regroupèrent et, en 1949, formèrent la Japan Karate Association (JKA) qui avait des prétentions hégémoniques sur l’ensemble du karaté mais ne représenta jamais que le Shotokan, avec Gichin Funakoshi comme maître suprême officiel. Malgré son titre, Funakoshi ne cautionna jamais les initiatives de la JKA qui fut reconnue officiellement par le ministère de l'éducation le 10 avril 1957.
Gichin Funakoshi forma de nombreux élèves qui devinrent eux-mêmes des maîtres renommés : Obata, Okuyama, Egami, Harada, Hironishi, Takagi, Ohshima, Nakayama, Nishiyama, Kase.
Gichin Funakoshi a été gratifié de son vivant de l’appellation exceptionnelle « O-sensei » (grand maître).
Cependant, en 1957, après sa mort, un désaccord public entre la JKA et plusieurs anciens élèves de Funakoshi dont Obata, Ohshima et Egami ― créateur, quelques mois plus tard, du Shotokai ―, qui se disaient écœurés par la dérive sportive et commerciale que prenait l'organisation officielle, entraîna une première scission.

  • Yoshitaka Funakoshi (1906-1945)

 

C'est le fils Funakoshi, Yoshitaka, également appelé Gigo Funakoshi, qui fut à l'origine du style Shotokan tel qu'on le rencontre le plus souvent désormais. Ce style est considéré comme l'un des plus puissants grâce à des positions basses et de longues attaques. Un autre développement technique réside dans les positions hanmi (de trois quarts) lors des blocages. D’autre part, s’il n’en est pas l’inventeur, le fils Funakoshi a pour le moins vulgarisé l’utilisation des techniques de jambe : mawashi geri, yoko geri kekomi et keage, ura mawashi geri et ushiro geri.
Gichin Funakoshi a laissé une empreinte plus marquée que son fils grâce à ses écrits et à sa longévité, mais les transformations techniques adoptées par le Shotokan sont en majorité l’œuvre de Gigo Funakoshi. Le père s’est beaucoup soucié de l’esprit, le fils a privilégié le corps. Son karaté fut martial, grâce à sa recherche passionné de l’efficacité, et sportif ― mais pas encore victime des dérives liées à la compétition ―, compte tenu de ses exigences physiques pas toujours respectueuses de l'anatomie.

  • Masatoshi Nakayama (1913-1987)

Nakayama est né dans la préfecture de Yamaguchi. Il commença à étudier le karaté en 1932 sous la direction de Gichin Funakoshi et de son fils.
En 1949, il a participé à la fondation de la JKA et fut nommé instructeur en chef. Nakayama est connu pour avoir travaillé à la diffusion du Shotokan dans le Monde grâce à la mise en place d’un système de formation d’entraîneurs de haut niveau qui furent envoyés en délégation sur tous les continents.
Malheureusement, après sa mort, la JKA a subi de profondes dissensions. Ainsi sont nées plusieurs organisations :

  • Japan Shotokan Karate Association avec Keigo Abe (très fort compétiteur, né en 1938).

  • Japan Karate Shotokai avec Tetsuhiko Asai (grand champion kata et kumite ayant développé un karaté très fluide, en esquives, presque une danse ; 1935-2006).

  • Karatenomichi avec Mikio Yahara (célèbre pour son kata de compétition Unsu et sa victoire lors d’une altercation qui l’aurait opposé à 34 yakusa, il s’est orienté vers la recherche de l’efficacité absolue des atemi ; né en 1947).

  • Hidetaka Nishiyama (1928-2008)

 

Né à Tokyo, Nishiyama a commencé le kendo en 1933, puis le judo en 1938. En 1943, il a commencé à s'entraîner au karaté avec Gichin Funakoshi.
Il a participé à la fondation de la JKA et a été élu au conseil d'administration.
En 1952, il fut chargé d’entraîner les militaires américains du Strategic Air Command.
En Juillet 1961, il s’installa aux États-Unis et organisa le premier championnat national de karaté à Los Angeles où il avait établi son dojo.
Après avoir œuvré à la création de diverses structures de karaté amateur destinées à promouvoir le karaté sportif, Nishiyama fonda en 1985 la Fédération Internationale de Karaté Traditionnel (ITKF) qu’il fit reconnaître comme seul organe directeur du karaté traditionnel à l’échelon mondial. Sans doute a-t-il joué sur la signification du terme « traditionnel », car la trace qu’il laisse est plus sportive que martiale. Certes, il a essayé de redorer le blason martial du karaté mais sans jamais abandonner la compétition. D’ailleurs, ses élèves les plus connus sont tous d’anciens champions.

  • Taiji Kase (1929–2004)

 

Naissance à Tokyo. Dès l’âge de cinq ans il pratiqua le judo assidûment. En 1944, alors qu’il avait commencé à s’initier à l’aïkido, il découvrit le livre « Karate Do Kyohan » de Gichin Funakoshi et décida de se rendre au Honbu Dojo Shotokan où le fils Funakoshi, Yoshitaka, l’accepta malgré son jeune âge, après une longue discussion sur le budo. Cette rencontre fut une révélation et, bien qu’il se soit peu entraîné avec lui, la pratique de Yoshitaka fut un choc pour le jeune Kase et le modèle qu’il chercha sans cesse à imiter. Dans son enseignement, Taiji Kase se référa constamment à ce fils Funakoshi qui recherchait « plus de mental, plus de puissance, plus d’énergie ».
En 1945, il entra à l’université Senshu d’où il sortit diplômé en 1951. Il fut capitaine de l’équipe de karaté, ce qui lui permit de pratiquer intensément avec Genshin Hironishi (1913-1999), un des rares 5èmes dan nommés par Gichin Funakoshi, et Jotaro Takagi, un des plus fidèles élèves de Yoshitaka Funakoshi. Présenté par Hironishi, il entra à la JKA et devint un professeur des plus qualifiés. Il entraîna de jeunes instructeurs : Enoeda (1935-2003), Shirai (né en 1937), Kanazawa (né en 1931), Ochi (né en 1940).
En 1965 et 1966, il dirigea sans relâche des entraînements et des démonstrations à travers le monde pour le compte de la JKA.
Il se fixa à Paris en 1967.
À la fin de sa vie, il était convaincu que le développement sportif du karaté moderne, bien qu’il y ait largement contribué en formant de très nombreux champions, faisait perdre au karate-do son âme authentique et était incompatible avec le concept de budo.
Kase décède à l’âge de soixante-quinze ans à Paris. L’empreinte qu’il laisse est particulièrement marquée en France, mais aussi en Yougoslavie, Italie, Algérie, Mali et Côte d’Ivoire.

  • Tsutomu Ohshima (né en 1930)

 

Ohshima est né en Chine ou il passa son enfance. Très jeune il s'initia au sumo, au kendo puis au judo.
De retour au Japon juste avant le début de la 2ème guerre mondiale, il découvrit le karaté. Inscrit au Waseda Karate Club, de 1948 à 1953 il étudia directement sous la férule de Gichin Funakoshi qui lui décerna le 5ème dan (le plus haut grade) juste avant de mourir en 1957. Pour cette raison dans son école il conserva le 5ème dan comme grade maximum atteignable et refusa toujours les grades honorifiques par respect pour son maître.
Ohshima a ensuite travaillé avec divers seniors prestigieux mais il a surtout été influencé par Shigeru Egami (1912-1981) et Hiroshi Noguchi.
Il fut un des précurseurs du karaté en occident. Son enseignement a conservé un aspect très « martial » en dépit d’une période où il fut particulièrement actif pour instaurer la compétition. Ses kata sont très proches de ceux de Gichin Funakoshi, mais ses cours réservent une large place aux kumite.

  • Hirokazu Kanazawa (né en 1931)

 

Naissance dans la préfecture d'Iwate, au Japon. Il commença le karaté à l'âge de dix-huit ans après avoir étudié le judo. Rendu célèbre par sa victoire en kumite aux premiers championnats du Japon en 1957 avec un poignet cassé, il entra alors à la JKA qui lui confia un rôle d’ambassadeur pour propager le karaté dans le Monde. Il effectua sa première tournée internationale en visitant Hawaï, le Royaume-Uni et l’Allemagne.
En 1977, il quitta la JKA et fonda sa propre organisation : Shotokan Karate International (SKI). Sa maîtrise du tai-chi a largement influé sur son karaté qui allie puissance et fluidité. Autre particularité : un karaté spectaculaire grâce à son aisance dans les coups de pied jodan, caractéristique jugée incongrue par les tenants de l’art martial à cause de l’exposition excessive du bas-ventre. Cela est toutefois devenu la norme dans le karaté sportif.

  • Keinosuke Enoeda (1935-2003)

 

Il été instructeur en chef de la Fédération de Karaté de Grande-Bretagne jusqu'à sa mort due au cancer.
Après des études à l'université Takushoku il a étudié au dojo de la JKA à Tokyo avec Masatoshi Nakayama. Il a remporté plusieurs titres en kumite.
En 1965, conformément à la politique de la JKA d'envoyer ses instructeurs à l'étranger pour propager le karaté Shotokan, il s'est rendu en Angleterre avec Shirai, Kanazawa et Kase. Il se fixa alors à Liverpool.

  • Hiroshi Shirai (né en 1937)

Shirai est né à Nagasaki et a commencé le karaté en 1956 à l’université.
Il a suivi le cours des instructeurs JKA de 1960 à 1962 sous la férule de Nakayama, Nishiyama et Kase. Durant ces cours, Kase eut une grande influence sur lui, mais son principal instructeur fut Nishiyama.
Ce fut un très bon compétiteur.
Établi en Italie depuis 1965, il dirige régulièrement des séminaires à l’étranger. Son enseignement du karaté privilégie l’étude des bunkai.

  • Hideo Ochi (né en 1940)

 

Plusieurs fois champion du Japon, en kata et kumite. Responsable de la JKA pour l'Allemagne. Entraîneur national de l'Allemagne durant de nombreuses années.
Il fait partie de ces compétiteurs qui prétendent concilier sport et art martial. « N’oubliez pas que la compétition n’est qu’une partie du karaté » dit-il aux jeunes champions. Mais son enseignement est destiné à former des champions, en espérant ― vœux pieux ― qu’ils sauront se recycler quand cessera le temps des podiums.
 

Shotokai

 

Ce style se présente lui-même comme le prolongement des recherches de Yoshitaka Funakoshi et intègre des techniques et notions propres à l’aïkido afin de rendre la méthode davantage conforme aux traditions du budo. Toutefois, une observation méticuleuse fait naître quelques doutes sur cette filiation, notamment à cause de l’absence de kime dans les atemi.

  • Shigeru Egami (1912–1981)

D’abord judoka, il découvre le karaté en 1932 avec Gichin Funakoshi.
En 1935, des disciples de Gichin Funakoshi fondèrent une association : le Shotokai qui devint un style de karaté à part entière en 1957 sous l’égide de Shigeru Egami. Sur la fin de sa vie, Egami donna une orientation très mystique à son style. Cette tendance a été poursuivie par un de ses disciples, Hiroyuki Aoki, qui fonda le Shintai-do. Deux courants, issus de deux personnalités marquantes, prédominent dans le Shotokai actuel : l’un fut initié par Tetsuji Murakami, l’autre est conduit par Mitsusuke Harada.

  • Tetsuji Murakami (1927-1987)

 

Né à Shizuoka, au Japon. À l'âge de dix-neuf ans, il commença le karaté avec Masaji Yamagushi (élève de O-sensei). Dans le même temps il étudia le kendo, l’aïkido et un peu de iaido. En 1957, il fut invité en France par Henri Plée avec lequel il signa un contrat qui ne lui était pas très favorable. En 1959, il se libéra et ouvrit son propre dojo. Dès ce moment, son influence s'étendit progressivement au reste de l'Europe : Allemagne, Angleterre, Italie, Portugal, Yougoslavie et Suisse. En 1968, il se rendit au Japon où il rencontra Shigeru Egami. Très impressionné par Egami et sa technique, il décida de faire une transformation profonde dans sa pratique. Il revint en Europe auréolé du titre de représentant officiel de la Nihon Karate-do Shotokai. Il meurt à Paris en 1987. Son karaté était extrêmement exigeant et il n’eut, de ce fait, jamais beaucoup d’élèves mais ceux qui l’ont suivi sont restés des inconditionnels.

  • Mitsusuke Harada (né en 1928 en Mandchourie).

 

Il assista en 1943, à quinze ans, à une démonstration de karaté menée par Yoshitaka Funakoshi qui l’impressionna. Il pris alors ses premières leçons de karaté à l'université de Waseda, Japon, sous la férule de Funakoshi père et de ses élèves, surtout Shigeru Egami, dont il subira plus tard l'influence.
Gichin Funakoshi lui décerna son grade de godan en 1956.
D’abord installé au Brésil, il se fixa en Angleterre et prit ses distances par rapport à toutes les organisations de karaté. Il se plaisait à répéter une citation de Gichin Funakoshi assez révélatrice de son opinion : « Il n'y a pas de style en karaté, c'est comme la philosophie. Chacun a son opinion. Qui a raison ? Qui a tort ? Personne ne peut le dire. Chacun doit essayer d'aboutir à un point où il pourra montrer qu'il a créé quelque chose dans sa vie. » Indiscutablement, son enseignement présente de grandes originalités et est très éloigné de celui de Murakami.
 

Wado-ryu

  • Hironori Ohtsuka (1892–1982)

 

Naissance à Shimodate City, Japon. Sa pratique d’un art martial commença en 1898 avec l’apprentissage du ju-jutsu. En 1905, il devint l’élève de Shinsaburo Nakayama, grand maître de l’école Shindo-Yoshin de ju-jutsu qui l’entraîna au ju-jutsu ainsi qu’au kendo. La formation fournie par cette école lui donna alors une connaissance étendue de techniques de saisies, luxations et contre-prises ainsi qu’un certain savoir en matière de percussions. Entre 1912 et 1917, Ohtsuka s’intéressa à plusieurs disciplines mais surtout à différentes formes de kempo présentes au Japon, afin d’approfondir sa connaissance en atemi. En 1921, Nakayama le désigna comme son successeur officiel et quatrième maître du Ju-jutsu Shindo-Yoshin ; et cela à seulement vingt-neuf ans, ce qui est tout à fait exceptionnel.
L’année suivante, Ohtsuka assista à une démonstration que Gichin Funakoshi effectuait à Tokyo. Il vit dans le karaté des techniques lui permettant de parfaire son ju-jutsu. À sa demande, Funakoshi l’accepta comme élève. C’est donc en juillet 1922 que commença son apprentissage du Shotokan. Deux ans plus tard, il ouvrit sa première école de karaté à l’université de Tokyo où il resta cinq ans sous la direction technique de Funakoshi. Pendant ces cinq années, Ohtsuka travailla également avec différents maîtres : Jigoro Kano (1860-1938 ; fondateur du judo), Morihei Ueshiba (1883-1969 ; fondateur de l’aïkido), Yasuhiro Konishi (1893-1983 ; futur fondateur du style Ryobukai qui intègre des techniques de kendo) et Choki Motobu (initiateur de la lignée Motobu-ha Shito-ryu).
À l’époque, le karaté de Funakoshi reposait presque uniquement sur les quinze kata du style ― 5 Heian et 10 kata classiques ―, qui n’avaient pas encore subi les aménagements de Yoshitaka et étaient proches de l’enseignement d’Itosu. Mais Ohtsuka trouva que ces kata comportaient des éléments inapplicables en combat. En 1928, Konishi lui présenta Mabuni (1889-1952), futur fondateur du Shito-ryu, fraîchement arrivé d’Okinawa, à qui Ohtsuka énonça ses doutes quant à l’efficacité des kata de Funakoshi. Le savoir encyclopédique de Mabuni sur les kata fut une bénédiction pour Ohtsuka qui n’avait pas su, jusque là, en pénétrer l’essence. Dès lors, il admit définitivement la supériorité du karaté.
C’est à ce moment que des désaccords naquirent entre Funakoshi et Ohtsuka. Ce dernier trouvait le karaté de Funakoshi trop dur et voulait développer le kumite, ce que Funakoshi refusait. En dépit des arguments de son professeur, Ohtsuka commença à pratiquer des exercices de combat libre. La différence de leurs démarches rendit dès lors la séparation inévitable.
Certains groupes d’étudiants, préférant la démarche d’Ohtsuka, le suivirent et formèrent, vers 1934, le Wado-ryu (école de la voie de la paix). Durant l’année 1940, Ohtsuka enregistra son style au Butokukai de Kyoto, devenant ainsi un des quatre grands styles du karaté japonais avec le Shotokan, le Goju-ryu et le Shito-ryu. En 1981, il transmit les rennes du Wado-ryu à son fils aîné, Jiro Ohtsuka, qui prit alors le nom Hironori Ohtsuka II.
Le Wado-ryu se caractérise par des positions plus hautes que dans les autres styles et un travail important des esquives et de la défense personnelle.
 

Shito-ryu

  • Kenwa Mabuni (1889-1952)

 

Né à Shuri, Kenwa Mabuni était un descendant de la célèbre famille de samouraïs Onigusukini. Il commença son apprentissage de l'art du Shuri-te dans sa ville natale à l'âge de treize ans sous la tutelle du légendaire Anko Itosu. Il s'entraîna avec lui pendant de nombreuses années et apprit beaucoup de kata. Un de ses proches amis, Chojun Miyagi (fondateur du Goju-ryu) présenta Mabuni à une autre personnalité de l'époque, Kanryo Higaonna, et il commença à apprendre le Naha-te sous sa direction.
L'enseignement d'Itosu incluait des techniques directes et puissantes comme celles démontrées dans les kata Naihanchi et Passai ; celui de Higaonna, quant à lui, s'articulait particulièrement autour du déplacement circulaire et de méthodes de combat rapproché ainsi qu'on peut les découvrir dans les kata Seipai et Kururunfa. À ce jour, le karaté Shito-ryu repose toujours sur un assemblage des styles Shuri-te et Naha-te.
Bien qu'il soit resté toujours fidèle à ses deux grands maîtres, Mabuni chercha à compléter et enrichir son apprentissage auprès d'autres professeurs : Seicho Aragaki (1840-1918), Tawada Shimboku (1851-1920), Sueyoshi Jino (1846-1920) et Wu Xianhui (1886-1940 ; maître chinois connu sous le nom de Go Kenki). De fait, Mabuni était, dès les années 1920, légendairement connu pour sa connaissance encyclopédique des kata et de leurs applications. Par la suite, en tant que policier, il enseigna aux autorités locales et, sous l'encouragement de son professeur Itosu, aux divers écoles de Shuri et Naha.
Pendant ces mêmes années, Mabuni fit partie d'un club de karaté qui était géré par Chojun Miyagi et Choyu Motobu (1865-1927) avec l'aide de Chomo Hanashiro (1869-1945) et Juhatsu Kiyoda (1886-1967 ; fondateur du Toon-ryu). Choyu Motobu était un maître de Shuri-te et de Gotende, l'art secret de lutte de la cour royale d'Okinawa. Hanashiro était aussi expert de Shuri-te tandis que Kiyoda et Miyagi avaient plus un bagage de Naha-te. Connu comme le Ryukyu Tode Kenkyu-kai (club de recherche du karaté des Ryukyu), ce dojo était une légende. Des experts d'horizons différents s'y entraînaient et y enseignaient. C'est là que Mabuni apprit certaines techniques du kung-fu de la grue blanche.
Entre 1917 et 1928, Mabuni effectua un certain nombre de voyages à Tokyo dans l’espoir de populariser le karaté sur les îles principales du Japon. En fait, nombre de maîtres de son époque partageaient cet objectif : Funakoshi avait émigré vers Tokyo au début des années 1920 pour promouvoir son art à Honshu.
En 1929, Mabuni partit habiter à Osaka afin de devenir instructeur de karaté à plein temps dans un style qu'il appela Hanko-ryu ou style semi-dur. Lorsqu'il introduisit son style au Butokukai, il le rebaptisa Shito-ryu, nom dérivé des premiers kanji des noms d'Itosu et de Higaonna. Grâce au soutien de Ryusho Sakagami (1915-1993), il ouvrit un certain nombre de dojos dans la région d'Osaka. À ce jour, la majeure partie des pratiquants du Shito-ryu se situe dans la région d'Osaka.
À l'automne de sa vie, il développa plusieurs kata comme Aoyagi, qu'il élabora spécialement pour l'autodéfense féminine, Juroku, Myojo et Nipaipo.
Kenwa Mabuni mourut en 1952 et céda le flambeau à ses fils, Kenei et Kenzo. Son fils Kenzo est mort en 2005.

  • Choki Motobu (1871–1944)

 

Il est le troisième fils de Udun Motobu, membre de la branche cadette de la famille royale d'Okinawa. C’est donc Choyu, le fils aîné, qui, selon la tradition, hérita de la formation aristocratique et des secrets de l’art martial familial, le Motobu-ryu.
Malgré ce handicap, Choki Motobu, personnage haut en couleur, décida de devenir l'homme le plus fort d'Okinawa. Il développa quasiment seul son propre style, testé dans de nombreuses bagarres qu’il déclenchait incessamment. Il eut beaucoup de mal à se faire admettre comme disciple mais, grâce à son titre de noblesse et ses extraordinaires capacités, finit par obtenir un enseignement de la part des plus grands maîtres de son époque : Sokon Matsumura, Anko Itosu, Sakuma Peichin et Kosaku Matsumora.
Quoique de gabarit très fort, il était particulièrement rapide, ce qui lui valu le surnom de Zaru Motobu (Motobu le Singe).
En 1921, il a terrassé un boxeur russe, alors champion du monde des super lourds, d'un shuto à la tête. Il releva de nombreux défis et ne fut jamais battu. Cela l'a rendu populaire et a contribué au développement du karaté au Japon.
Son kata préféré était Naihanchi. Il le considérait comme la base du karaté.
Motobu eut une influence importante auprès de Mabuni et Miyagi. A la fin de sa vie, il abandonna les défis et se tourna enfin vers le véritable esprit du karate-do. Son style était très réaliste et efficace. Sa technique favorite était le coup de poing du dragon, poing à une seule phalange pliée avec lequel il écrasait facilement un makiwara. L’école de Choki Motobu s’est perpétrée avec Kosei Kokuba et le Motobu-ha Shito-ryu.

  • Kosei Kokuba (1901–1959)

 

Né dans le village de Kokuba actuellement Naha, il était le plus jeune fils d'une branche de la famille royale d'Okinawa, la famille de Sho Shi. Il débuta l’apprentissage du karaté avec Choki Motobu. En 1940 il s’installa à Osaka. Le 6 juin 1943, Kuniba (mêmes kanji que Kokuba, mais au Japon c’est la prononciation japonaise qui s’impose) fonda le dojo Seishinkan (dojo du cœur pur) et l’association Seishinkai. A la mort de Choki Motobu, en 1944, Kosei Kuniba devint le Soke (littéralement « chef de famille ») de l'école Ryukyu Motobu-ha. Son dojo fut un des hauts lieux des arts martiaux où tous les grands noms de l’époque se sont croisés.

  • Shogo Kuniba (1935–1992)

Kosho Kuniba naquit au Japon à Yamanashi, près du Fuji Yama. Il commença son entraînement dans les arts martiaux en 1940 sous la direction de son père, Kosei.
À l'âge de huit ans, il étudia le Kenyu-ryu avec Ryusei Tomoyori. Kuniba père voulait que son fils soit un vrai samouraï comme le furent ses ancêtres. Aussi devait-il connaître tous les arts martiaux. Par conséquent, il suivit également une formation de judo, d’aïkido, de iaido et de kobudo.
En 1947, il commença à s'entraîner régulièrement avec Kenwa Mabuni, mais comme le dojo de son père recevait le gratin des arts martiaux, il put pratiquer avec tous les grands noms de l’époque. En 1952, il étudia le Mugai-ryu iaido avec Ishii Gogetsu. Il commença alors à enseigner le karaté à l’université d’Osaka.
En 1956, il s'est rendu à Okinawa, où il s'entraîna avec Shoshin Nagamine, étudia le kobudo avec Shinken Taira et Kenko Nakaima. Avec Junko Yamaguchi, il apprit l'utilisation des tonfa.
Après la mort de son père en 1959, Kosho a été élu par le conseil des Shihan du Seishinkai au poste de Soke du Motobu-ha Shito-ryu. À l'âge de vingt-quatre ans, il devint le plus jeune Soke au Japon et prit le nom de « Shogo » qui signifie « fort guerrier ».
Récipiendaire de nombreuses distinctions au cours de sa carrière, il a reçu l'un des hommages les plus élevés quand il a été gratifié, dans l’Encyclopédie Japonaise, d’un article de quatre pages pour illustrer les rubriques « karate et kobudo ».
En 1970, il a été choisi par la Zen Nippon Karate-do Renmei (maintenant la JKF) pour faire une démonstration lors des premiers championnats du Monde de karaté au Budokan de Tokyo. Même honneur, en 1972, lors des seconds championnats du Monde qui se sont déroulés à Paris.
Il a créé le goshin-budo, système de défense personnelle qu'il a développé à partir de ses connaissances en judo, ju-jutsu, aïkido et iaido. L’ensemble de son art était d’une richesse inouïe et d’une très grande subtilité.
Ajoutons qu’il a collaboré à de nombreux films d’arts martiaux (vingt-deux dont un documentaire largement primé, « Budo : grands maîtres des arts martiaux ») et eu les honneurs de nombreux articles dans les revues d’arts martiaux.
En 1983, il ouvrit un dojo aux États-Unis, à Portsmouth, où il vécut jusqu'à sa mort en 1992. Pendant son séjour à Portsmouth, il a concentré ses efforts sur l'enseignement et la promotion de son art sur tous les continents, notamment en France où il vint fréquemment entre 1987 et 1992 à l’invitation de Patrick Tamburini (1949-1996). En dehors du Japon, le Seishinkai est actuellement bien établi aux États-Unis, mais la liste de ses implantations est longue : Mexique, Inde, Suède, Russie, Sri Lanka, Israël, Turquie, Antilles, Amérique du Sud et toute l’Europe.
À sa mort, il était détenteur de quatre titres de Soke :

  • Sandai Soke du Motobu-ha karate-do ;

  • Shodai Soke du Kuniba-ryu goshin-do ;

  • Shodai Soke du Kuniba-ryu kobudo ;

  • Shodai Soke du Kuniba-ryu iaido.

 

Malheureusement, comme bien d’autres, la succession de Shogo Kuniba a été assez houleuse et reste problématique.

  • Teruo Hayashi (né en 1924)

 

Teruo Hayashi est né à Nara (ancienne capitale du Japon) près d’Osaka. Il pratiqua d’abord le judo et vers 1943, se mit à l’étude du karaté et du kobudo avec Kosei Kuniba. Il fit preuve de grands talents, rarement observés chez un individu aussi jeune, et maîtrisa plusieurs types d'armes anciennes : bo, kama, tonfa, tenbei, tenpei, nunchaku, sai, sansetsukon, kusarigama, suruchin, manji-sai, etc. Pour cette raison, il fut appelé « le maître d'armes ».
À la mort de Kosei Kuniba, en 1959, vu sa position de sanpai du Seishinkai et l’âge de Shogo Kuniba, il resta aux côtés de ce dernier en qualité de président pour l'aider dans sa tâche et cela jusqu’en 1968.
Bien qu’ayant fondé sa propre école, le Shito-ryu Hayashi-ha, il est resté conseiller technique pour le Seishinkai.

  • Fumio Demura (né en 1938)

 

À l'âge de huit ans il commença à s'entraîner avec Ryusho Sakagami (1915-1993 ; disciple de Kenwa Mabuni) en Shito-ryu Itosu-kai. À partir de 1958 il pratiqua le kobudo sous la direction de Shinken Taira (1897-1970).
Il vit dans le sud de la Californie depuis 1965 où il a acquis une enviable réputation malheureusement un peu trop fondée sur ses multiples collaborations cinématographiques et ses démonstrations un peu trop … cinéma !
Cela ne l’a pas empêché de devenir instructeur en chef du Shito-ryu Itosu-kai États-Unis. Cependant, en 2001, un conflit avec cette organisation se soldera par son expulsion. Il a fondé depuis le Shito-ryu Genbu-kai International dont il est le président. Cette organisation promeut le genbudo qui est une activité ludique et sportive utilisant des armes en mousse. Prétendue création qui reprend ce qui existait déjà sous le nom de chambara.

En résumé, le Shito-ryu comporte quatre grandes tendances :

  • Mabuni-ha ; la plus répandue.

  • Itosu-ha ; transmise par Ryusho Sakagami.

  • Kuniba-ha ; la référence à Motobu semble aujourd’hui abandonnée à cause de la réputation sulfureuse de Choki Motobu et surtout de l’énorme notoriété de Shogo Kuniba au Japon et dans le Monde.

  • Hayashi-ha ; style qui donne la prééminence aux armes du kobudo.

 

Et une dont les caractéristiques s’éloignent quelque peu des quatre autres et dont le nom usuel fait l’impasse sur la dénomination Shito-ryu : le Shukokai.